Le cul entre deux sexes

J’ai rédigé un article qui a pour titre un jeu de mot avec l’expression « le cul entre deux chaises ». Ne va surtout pas t’imaginer qu’il s’agit ici de racolage, d’incitation au clic en employant les termes « cul » et « sexe » dans la même phrase. D’ailleurs, je suis navrée de te décevoir mais l’on ne va même pas parlé de sexualité aujourd’hui.

« Sexe : Féminin ». C’est le terme inscrit sur ma pièce d’identité. C’est donc ce qui doit faire mon identité. La base de certaines orientations, certains choix et certaines appréciations découlant de moi. Mais parfois, que dis-je, souvent, je ne me sens pas franchement à l’aise dans cette fichue case d’individus au sexe féminin.


Evidemment, je suis une fille : deux chromosomes X, une paire de seins, une voix plus aïgue, une vulve et, plus globalement, tout un arsenal génital prévu pour nicher un bébé. Là dessus, nous sommes d’accord, rien ne me fera jamais douter. Mais si je n’ai jamais douté du fait de ne pas être un vrai garçon, je ne me suis jamais sentie vraie fille pour autant.

D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais été la petite fillette qui faisait des colliers de perles avec ses copines, à l’ombre du préaux de l’école primaire. Mes parents m’ont rapporté un bon nombre de fois les péripéties aventurières dans lesquelles j’étais tout le temps fourrée. Faire une cabane ou un igloo : présente ! Jouer aux petites voitures dans le bac à sable : présente ! Faire du vélo dans la boue : présente aussi !

Aujourd’hui tout cela n’a pas bien changé. Aux journées bronzette, je préfère les parcs-aventure. Je ne suis généralement pas du genre à reculer devant une activité à sensations forte. J’aime les challenges, monter des meubles, conduire, boire du vin rouge et me salir. Sans compter que je boude les magazines féminins, que j’éprouve toujours des difficultés à me lier d’amitié avec d’autres filles et que je préfère parler voiture que vernis à ongles.


« Garçon manqué », voilà comment me décrivaient mes parents dans mon jeune âge.

En vrai, je n’ai jamais compris le sens de cette expression. Je ne la comprends pas mieux aujourd’hui. Est-ce que cela signifie qu’à peut de choses près j’ai manqué être un garçon ?

D’ailleurs, aurais-je préféré naître garçon ?

Il y a encore quelques années, à cette question, j’aurais répondu : indubitablement oui !

Déjà, du haut de mes 14 ou 15 ans, je percevais qu’on ne laissait pas aux filles la même façon de s’exprimer. J’étais une gamine qui aimait amuser la galerie, faire rire les camarades, me saper n’importe comment et oublier que le ridicule existe tant qu’il s’agit de faire marrer. Et pour tout cela, je me disais que ma vie aurait été beaucoup (beaucoup !) plus simple si j’avais été un garçon.

J’enviais donc mes amis masculins à qui on ne reprochait pas toutes les choses qu’on me reprochait à moi, sous prétexte que j’étais une petite fille.

J’ai compris plus tard, qu’être une fille, c’était, hélas, se comporter comme ce que l’on attendait d’une fille. Je suis désormais une femme alors il faut que je sois belle sans être sexy. Que je sois un peu naïve. Que je sois polie, pas un mot vulgaire. Que je sois imberbe, propre et maquillée. Que j’aime les jolies choses, les fleurs, les cahiers bien ordonnés, les vêtements pas froissés et les couleurs acidulées.

Je n’ai jamais été tout cela, ni au collège, ni hier. Je ne le suis pas aujourd’hui et je ne le serais pas non plus demain.

J’ai toujours eu ce cul entre deux chaises, entre deux sexes. Féminin et masculin.

A la différence qu’aujourd’hui j’en suis fière. Que ma part masculine est aussi forte que ma touche féminine et que ces deux là font que je suis moi. Unique et peut-être un peu plus couillue que d’autres garçons. 

Je porte :
Veste Members Only, shoppée au rayon homme d’une friperie à Montréal
Marinière Saint-James
Tour de cou motif léopard Asos (plus dispo)
Pantalon fleuri Camaïeu (plus dispo)
Chelsea Boots Kiabi (plus dispo)
Montre plongeuse homme Seiko

Merci à Anthony Menjoz pour ses chouettes photos.

Et toi ? Tu es un garçon ou une fille ? Ou un peu des deux ?


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Blogueuse à l’humour discutable qui aime les trucs gratuits, les rouges à lèvres foncés et les pâtes à la carbonara.

17 Comments

  1. Coucou Charline,

    On en revient toujours au même sujet. Rentrer ou non dans un moule créé par la société ou non. J’aimerai beaucoup avoir le don de mode de Sanaa, car elle a vraiment un don. Mais, quand j’essaie d’être plus classi-chic ou que je sus en tailleur pour le travail, bah je me sens pas moi. Au final, est-ce vraiment important de vouloir être comme tout le monde ? Je connais plus d’une fille qui sont femmes sans pour autant être obsédée par leur apparence ou vouloir être à la mode. On est qui on est : unique. Par contre, le côté niais, quand tu veux pas faire quelque chose, et pour valoriser ton homme (mais aussi le pousser ni vue ni connue à faire le truc que tu veux pas) c’est pas mal ^^.
    Bref, peu importe si tu as un côté garçon manqué ou si tu aimes être une fille perchée sur des échasses, l’important c’est de s’accepter comme on est :)

    Bonne journee,
    Bises,
    Lauriane

    • Hello Laurine,
      Je crois que tu as raison, on en revient à chaque fois à la même conclusion. Cette pression sociale qui nous pousse à « rentrer dans le rang », à nous uniformiser sans faire de vagues… Et c’est bien dommage. Assumons nos particularités !
  2. Coucou Charline,
    J’ai lu un article qui parlait de l’éducation genrée pour expliquer pourquoi les femmes avaient plus tendance à se faire marcher sur les pieds que les hommes. Et ton post reflète exactement le même problème !
    Ce n’est pas que tu étais un garçon manqué, c’est que tu n’étais pas une petite fille calme… On attend d’une petite fille qu’elle soit douce et patiente… Alors que ce n’est pas un bout de chromosome en plus qui va dicter un caractère !!
    Du coup, selon moi, tu n’es pas entre deux sexes, tu es juste Toi :) Une femme qui aime porter un joli rouge à lèvre pour parler de voitures pendant un parcours d’accrobranches !!
    • Coucou Marie,
      J’aime ta conclusion, je (et par extension « on » et « nous ») suis unique et j’ai le droit de m’assumer comme tel. L’éducation genrée est certainement rassurante pour un paquet de gens mais elle est un frein à l’acceptation de l’identité. En vrai, je crois qu’il faudrait bien plus d’un commentaire pour évoquer le sujet ;)
      A bientôt !
  3. Coucou Charline,

    Voilà un sujet bien complexe, que tu abordes avec douceur.

    Pour ma part, j’ai vécu l’inverse : depuis toute petite ma hantise était de ressembler à un garçon. Je me souviens encore de crises que j’ai faites à mes parents alors que j’étais petite (6-7 ans peut-être) parce qu’ils m’avaient mis des chaussures bleues et que « le bleu ça fait garçon ». Je me souviens des remarques de mes camarades de classe adolescente et, si je n’appréciais pas qu’on me dise que j’étais « moche », j’avais été encore plus blessée le jour où j’avais cru entendre qu’on se demandait si j’étais un mec ou une fille (j’avais cru l’entendre, mais après tout on ne parlait peut-être pas de moi. Le fait est que cette crainte était tellement marquée en moi que je n’ai entendu que ça). Je me souviens aussi d’une vidéo que mes amis ont filmé quand, jeune adulte, je dansais avec mes copines, et du mal être que j’ai ressenti en la regardant, jugeant que mon attitude et ma silhouette étaient trop « masculines ». Pourquoi ai-je senti (et sens-je encore) ce mal-être en moi ? Est-ce que, toute petite, on m’a éduquée à penser qu’il « fallait » que je sois une fille ?

    Dans le même temps, je me souviens de l’outrage que je ressentais quand, adolescente, la femme de mon père me disait que tel ou tel mot n’était « pas beau dans la bouche d’une fille », et quand je voyais que mon frère avait bien plus de libertés que moi. Pourquoi est-ce qu’une fille aurait moins de droits qu’un garçon ? En grandissant, j’ai même retourné les faits : pourquoi est-ce que certaines choses (couleurs, métiers, activités…) n’étaient réservées qu’aux filles ?

    Je pense que notre société à encore un long chemin à faire avant de comprendre qu’on est tous différents et que les particularités biologiques de nos appareils génitaux n’ont rien à voir avec nos caractères et nos passions.

    Bisous et sache qu’on t’aime telle que tu es, garçon, fille, les deux, on s’en fout ;)

    • Coucou Morgane et merci pour ton témoignage très intéressant :)

      Si je n’ai pas du tout ressenti la même chose que toi étant enfant, il y a dans ce que tu dis quelque chose que je partage complètement avec toi : le fait de trouver que les garçons ont plus de liberté que les filles. Et c’est là le plus gros du problème, hélas…

      Et moi aussi je t’aime ! :)

  4. (Ce commentaire est à lire avec un ton grandiloquent, genre tragedienne grecque)

    Ouuu Charline, une fois n’est pas coutume, mais ton article me dérange un peu. ..
    Beaucoup même, et cela me peine ma chère amie !

    Je suis perplexe car en même temps tu semble dire que « Tu n es pas une fille parce que tu es plus que cela, pas seulement du maquillage et des coktail girly » et la dessus je te rejoins mais (et voilà la partie qui m’embrasse ) tu te dis differente des filles, que tu préfère parler voiture plutôt que vernis, tu ne réfute pas cette société qui veut que nous soyons ses filles la … Non tu approuve un peu finalement.

    Non ma chère Charline tu es une fille une vraie, tu n es pas le cul entre deux sexe je ne crois pas, tu es loin du stéréotype féminin… ou alors peut être que si justement, en nous définissant « garçon manqué » je me demande si on cherche pas une étiquette plus fun ?

    Attention je suis tjs une grande fan mais voilà aujourd’hui je pose la question qui dérange et je n’ai pas peuuuur

    Bon je ne sais pas si je suis très clair mais il est 22h et je suis très fatigué (Tu sais ma situation actuelle de jeune mère me vampirise mon énergie)

    Il y’a des phrase que je n’aime pas que l’on dise à ma fille « Tu es une vraie fille » lorsque qu’elle porte une robe » ciel … Oui c’est une vrai fille mais je ne veux pas qu’elle croit devoir mettre une robe pour être considéré comme telle, ou au contraire mettre un pantalon pour faire cette définition

    Voilà voilà ❤ désolée je suis trop feignante pour relire on a pas idée de laisser des commentaires aussi long

    • Chère Plume,

      J’ai pris soin de lire ton commentaire avec un ton emprunté à la comédie tragique. C’est vrai que ça fait son p’tit effet.

      Vraisemblablement, je pense que je me suis mal exprimée dans cet article. Ou plutôt, que je n’ai pas suffisamment développé le sujet. Parce que, et je pense que tu le sais déjà, je partage complètement ton avis. Voilà, fin de la réponse. Ciao. A bientôt. Bisous.

      Non, mais bien sûr que tu as raison, être une fille (ou être un garçon d’ailleurs), ce n’est pas porter une robe, de jolies chaussures et aimer passer de longues après-midi entre copines à boire du thé (attention, cela ne veux pas dire que je n’appréciais pas venir prendre le thé chez toi). Etre une fille (ou un garçon d’ailleurs), ce n’est pas rejoindre tous les stérotypes à la con pour se sentir bien.

      Nous sommes d’accord :)
      Et j’embrasse la mère que tu es (pas la « jeune mère » hein, faut pas déconner, tu n’es plus toute jeune non plus)

  5. Bonjour !

    Je suis assez d’accord avec le commentaire de Plume, ton article me dérange parce qu’il ne remet pas en cause la définition des rôles féminin et masculin.
    Je pense que dire garçon manqué conforte l’idée qu’une fille ne devrait pas être comme ci ou comme ça, que ton comportement enfant était une sorte de transgression.
    Pour moi ton histoire montre plutôt qu’au contraire, ces catégories sont inutiles, qu’une fille peut aimer les voitures ou le vernis, ou les 2 comme un garçon le foot ou les poupées, ou les 2 sans avoir quelque chose de plus ou de moins que les autres. Il est temps des laisser les gens libres et d’arrêter de les catégoriser et il est surtout temps d’arrêter d’infliger ces cases aux enfants…
    De mon côté, même si petite j’adorais le rose, les paillettes et les animaux mignons, je me faisais quand même engueuler parce que je riais « trop fort pour une fille » comme quoi il y a toujours quelque chose à dire AHAHAHAHAHA (<- blague par rapport au rire fort #humour).

    Sur ce à bientôt et désolée pour le long commentaire, je n'ai pas du tout l'esprit de synthèse ;)
    Bonne journée.

    • Hello !

      Alors, hé bien tu as bien fait de laisser ton avis et de t’opposer un peu à mes propos. Car vois-tu, toi et Plume avez entièrement raison. Et je dis cela parce que je partage complètement vos points de vue. Vos commentaires m’ont permis de me rendre compte que je me suis certainement mal exprimée dans mon billet. Ou alors, que je ne l’ai pas suffisamment développé.

      Merci de ton commentaire et à très bientôt ici ou sur Instagram :)

  6. Un article très intéressant sur le rôle de la société et du patriarcat à vouloir nous mettre des étiquettes et nous faire rentrer dans un moule pré-destiné en fonction de son sexe.
    Pour ma part, tu n’es pas un « garçon manqué » ou « entre deux sexes » à cause des activités que tu apprécies ou par tes actions. Tu peux t’identifier comme fille ou femme, sans être féminine, même si tout ce que tu fais et aime est habituellement réservé aux garçons.
    Belle journée :-)
    • Coucou Claire,
      Je pensais ne pas m’être suffisamment bien exprimée dans ce billet mais je suis contente de constater que tu as saisi l’idée principale de ce post. Ce souci de toujours vouloir se caler dans des cases pour se sentir appartenir ou juste pour se sentir « être ».
      Je suis une fille, en effet, et je suis contente dont cela raisonne en moi intérieurement.
      A bientôt !
  7. Coucou !

    Comme je te le disais, cet article raisonne bien trop en moi, comme si tu avais exprimé ce que j’ai dans ma tête (j’ai perdu cette faculté à écrire que j’avais plus avant, ça m’attriste…).
    Je rigole souvent en disant à Kévin que je suis un homme dans un corps de femme, un macho dans un corps de femme, en invoquant à tire larigot mes racines italiennes. Pour déconner.
    Mais en vrai, effectivement c’est encore et toujours une question de cases. Petite, j’étais cette gamine casse cou couverte de bleus qui aimait autant jouer à la poupée qu’aux petites voiture, ou piquer le supercopter de son grand frère. J’avais aussi presque uniquement des amis garçon, je jouait au foot à la récré (oui j’ai aussi joué à la marelle).
    Et avec le temps, même si ma féminité est affirmé, et je l’aime, je ne me reconnait absolument pas dans ces clichés et pré requis dans lesquels on range les femmes. D’où le fait que j’en plaisante en disant souvent que je suis pas une vraie femme, pas normale ou bien plus un homme dans un corps de femme.
    Et mon langage fleuri (à peine vulgos) me vaut souvent de la part de ma maman des « oh c’est pas beau dans la bouche d’une jolie jeune fille » grrr… ben les jolies jeunes filles ça fait aussi des fuck et ça dit putain, comme tout le monde finalement.
    Enfin bref, merci encore pour cet article qui fait du bien et me sentir moins seule ^_^
    Bisous

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